Magie, où es-tu ?

La première française du musical La Belle et la Bête a lieu ce jeudi 24 octobre au théâtre Mogador. Si les avant-premières ne sont pas suffisantes pour juger du jeu des acteurs et de la fluidité de l’action, on a déjà un bon aperçu de la mise en scène.

La mise en scène présentée à Paris n’est pas celle créée à Broadway en 1994. Si le texte et la musique ne sont pas considérablement modifiés, ce n’est pas le cas des costumes, des décors et des chorégraphies.

La version originale de Broadway a été créée par Robert Jess Roth, avec des chorégraphie de Matt West, des décors de Stan Meyer et des costumes de Anne Hould-Ward. Pour cette version, créée en 2005, la mise en scène est de Glenn Casale, avec des chorégraphies de John Macinnis, des décors de David Gallo et des costumes de Miguel Huidor.

Cette mise en scène a été présentée pour la deuxième version de Madrid, mais aussi aux Pays-Bas, en Belgique, à Berlin, à Milan…

Deux changements sont plus particulièrement radicaux.

À Mogador, le Prologue de l’histoire est curieusement traité comme un film, un très beau film avec la voix de Catherine Deneuve, mais un film malgré tout.

À Broadway, ce prologue était joué, en live. « Once upon a time, in a faraway land, a young prince lived in a shining castle… » était dit par un acteur de la troupe, en coulisse. Chaque soir l’interprétation changeait en fonction de ce rien qui est la relation entre le plateau et la salle… ce rien que l’on pourrait appeler… la magie du théâtre.

Au delà de la parole, il y avait aussi l’image. Dans la version originale, devant la porte du château, on voyait la vieille femme, qui après s’être transformée en fée jetait un sort… pyrotechnique… sur le prince qui se métamorphosait en bête ! Même si cette transformation n’était pas spectaculaire, elle donnait déjà un ton magique à cette œuvre !

Prologue lors de la présentation de Beauty and the Beast lors des Tony Awards en 1994 :

Le deuxième changement radical, c’est la transformation finale de la Bête en prince. À Broadway, le corps de la bête s’élevait du sol, tournoyait dans les airs avant de se transformer en prince. Quand on savait que le maquillage prenait plus d’une heure à être posé, on se demandait comment cette transformation était possible.

Dans cette vidéo, à 1:45, on peut voir le début de cette transformation :

Pourquoi avoir oublié ces deux éléments ? Sans doute étaient-ils complexes… mais ils donnaient à l’œuvre une féerie, un extra-ordinaire, un jamais-vu particulièrement puissant !